Au début du IIIe siècle de notre ère, Elagabal, un descendant de Bédouins fixés à Émèse, en Syrie, passe pour le fils adultérin d'un empereur assassiné. Il sert le culte d'un aérolithe figurant le soleil et continuerait volontiers à danser devant l'idole si sa grand-mère ne le faisait proclamer empereur à l'âge de quatorze ans, en 218. L'empereur-prêtre, qu'on surnommera Héliogabale, prétend imposer à Rome, à la barbe de Jupiter Capitolin, l'adoration de sa pierre noire ramenée des confins du désert. Les farces cruelles, la gourmandise inventive, la sexualité de ce prince immature alimenteront la chronique scandaleuse de l'historiographie romaine qui, paradoxalement, en fera un précurseur du premier empereur chrétien. En 222, Héliogabale sera assassiné, et son corps sera jeté dans le Tibre, en pâture à ces poissons qu'il aimait tant servir à table.
Robert Turcan
Ancien membre de l'École française de Rome, professeur à l'université de Lyon et auteur de nombreux ouvrages, Robert Turcan s'est consacré à l'étude des religions du monde romain.