L’historien britannique Arnold J. Toynbee (1889-1975), l'une des grandes figures intellectuelles du XXe siècle, a vingt-six ans lorsqu'il rédige, à la demande du gouvernement britannique, un rapport sur la politique de déportation et d'extermination des Arméniens mise en oeuvre par les autorités turques en 1915. Si le terme de génocide n'existe pas encore, Toynbee, à travers les faits qu'il décrit, en formule déjà le concept et en établit les mécanismes. Cinquante ans plus tard, devenu célèbre par sa monumentale Étude de l'histoire consacrée à l'essor et au déclin des civilisations, Toynbee reviendra dans ses Mémoires sur ce crime contre l'humanité dont l'impunité ne pouvait qu'encourager la répétition : "Les déportations furent délibérément conduites avec une brutalité calculée pour provoquer le maximum de victimes en route. Là est le crime ; et l'étude que j'y consacrai laissa dans mon esprit une impression qui ne fut pas effacée par le génocide commis avec encore plus de sang froid, et sur une plus grande échelle, pendant la Seconde Guerre mondiale par les Nazis."
Arnold J. Toynbee
L’historien britannique
Arnold J. Toynbee (1889-1975) - à ne pas confondre avec son oncle, Arnold Toynbee (1852-1883), créateur du concept de révolution industrielle - est considéré comme l’une des grandes figures intellectuelles et humanistes du XXe siècle. Après des études classiques et un début de carrière d’enseignant d’histoire grecque et byzantine, n’ayant pu participer au service actif pour raisons de santé, il fut affecté aux Renseignements politiques du Foreign Office en 1915 et participa en 1919 à la Conférence de Paix. Entre 1925 et 1955, il fut directeur de recherche au Royal Institute of International Affairs et professeur d’histoire des relations internationales à l’Université de Londres.