Après des années passées à l’étranger, Gigi revient au Caire, où elle naquit dans les années 50, et se souvient.
Appartenant à une des familles les plus importantes d’Égypte, celle du Pasha, elle a grandi dans une maison où l’hospitalité égyptienne se mêlait aisément à un style de vie cosmopolite, mélange de traditions ancestrales et de modernité. Les hommes s’entretenaient de politique, nouaient des liens d’affaires et les femmes se racontaient les commérages tout en réfléchissant aux mariages de leurs enfants. Gigi y vécut, protégée, auprès d’une gouvernante française qui lui apprit sa langue. Mais le contexte politique se dégrade. L’arrivée de Nasser au pouvoir force bon nombre de famille à quitter le pays pour échapper à la séquestration. Acceptant le mariage que sa famille a arrangé pour elle, Gigi part elle-même vivre à Londres avec son nouveau mari. Mais ce qui devait être pour elle un moyen d’avancer vers une nouvelle existence va très vite se résumer à une vie de femme au foyer, condamnée à attendre un mari volage. Malgré la présence de leur fils et ses nombreux efforts, elle ne réussit pas à s’épanouir dans ce mariage pétri de convenances et décide, malgré l’avis de sa famille, de partir, laissant son fils à son mari, comme le veut la loi. Cette situation qu’elle souhaitait au départ provisoire va se transformer en un long exil. Réfugiée en France, elle se lie avec un journaliste, qu’elle finit par épouser une fois son divorce prononcé. Ensemble ils partent reconstruire leur vie aux États-Unis.
Dix ans plus tard, Gigi donne désormais des cours à l’université. Elle décide de retourner en Égypte, retrouve ses cousins, son ex mari, et son fils, âgé de 16 ans. Elle est revenue pour demander à ce dernier de venir vivre avec elle. Mais la ville a changé, trop de temps a passé et il n’est pas disposé à la suivre. Elle repartira donc seule, vers cette vie qu’elle a choisie, consciente à présent de ne plus être une exilée puisque c’est en elle qu’elle porte ses racines.
Avec beaucoup de sensibilité
Samia Serageldin dévoile toute la complexité d’une société patriarcale et nous offre à travers le portrait de cette femme à mi-chemin entre deux civilisations, une réflexion sur le déracinement et le sens de l’appartenance.
La maison du Caire témoigne également de l’Histoire, étonnamment contemporaine, d’un XXe siècle qui voit passer Nasser et Sadate, d’une Égypte prise dans la tourmente entre mouvement nationaliste et montée de l’islamisme.
La maison du Caire, le premier roman de Samia Serageldin, est en grande partie autobiographique.