«La force de ton Église n'est pas coercitive, mais morale. C'est pourquoi je suis sûr que dans un siècle nous n'aurons qu'une seule forme de gouvernement, le soviétisme, et qu'une seule religion, la religion catholique.» Ces paroles, Lénine les adressa en 1923, quelque temps avant sa mort, à un vieil ami prêtre hongrois. Depuis la révolution d'Octobre, en effet, et malgré des persécutions religieuses, les bolcheviks avaient cherché à se concilier le Saint Siège pour consolider leur reconnaissance internationale. II fallut tout le poids de la terreur stalinienne pour briser cette promesse de dialogue, jusqu'à ce 25 novembre 1961 où Jean XXIII reçut de manière tout à fait inattendue un télégramme de félicitations de Khrouchtchev pour ses quatre-vingts ans. Trente ans plus tard, une petite phrase de Gorbatchev sur Jean Paul Il serait comme une réplique aux propos de Lénine : «Tout ce qui s'est produit en Europe orientale ces dernières années aurait été impossible sans ce pape.» Jamais encore n'avait été brossée en une aussi vaste fresque, de 1917 à nos jours, l'histoire des relations et des conflits entre les papes et les dirigeants du Kremlin, ainsi que leurs vassaux des anciennes démocraties populaires.
Sergio Trasatti (1939-1993), qui fut rédacteur en chef de I'Osservatore romano, a relevé le défi au moment où l'on s'interrogeait beaucoup sur le rôle de l'Église dans la chute du rideau de fer. S'appuyant sur des archives dont beaucoup n'avaient encore jamais été révélées au grand jour, il brise un certain nombre d'idées reçues sur ce face à face complexe et souvent secret qui, sous sa plume, devient aussi captivant qu'un roman d'espionnage.